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Chien réactif : ces signaux de stress que vous voyez trop tard

il y a 4 jours
9 min de lecture

Décrypter le langage de son chien réactif pour l'aider à progresser



Bienvenue dans cette série d’articles consacrée à la réactivité du chien ! Quand on parle de chien réactif, plusieurs sujets connexes au travail pur de réhabilitation devraient être connus des propriétaires. Et j’ai décidé d’aller plus loin aujourd’hui sur la lecture du chien.

Le but de cet article, c’est de vous apprendre à observer votre chien et à identifier de manière pratique ses réactions, pour entamer au mieux le travail ciblé sur la réactivité.


Une introduction...


Contrairement à ce que j’entends beaucoup de la part des propriétaires de chiens réactifs, votre chien n’est pas « imprévisible », ou pas tant que ça ! Il n’est pas « lunatique », ni même « vicieux ». Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à lire l’article sur les causes et les mécanismes de la réactivité pour mieux comprendre comment ça fonctionne...

Mais on va maintenant s’intéresser aux éléments visibles qui nous permettent de lire notre chien pour mieux anticiper et travailler au quotidien.


Parce que les explosions émotionnelles n’arrivent presque jamais sans prévenir.



1. Savoir lire son chien réactif, ça change tout


Tout est là ! Si vous commencez à comprendre comment son déclenchement fonctionne, vous gagnez des points. Si vous commencez à comprendre quand et comment son stress monte, vous avez gagné une bataille.


📖 Créer son référentiel


Êtes-vous déjà un bon observateur de votre chien ?

Chaque chien a une manière de bouger, de faire les choses, qui lui est propre. On leur trouve certainement des points communs, mais l’expression des comportements sera propre à chaque chien et aura son importance pour votre compréhension.


La première étape de l’exercice que je vous propose, à faire quotidiennement, c’est de l’observer quand il est détendu et que rien ne le dérange. Comment est la tension dans son corps ? Quel est son rythme de déplacement ? Son énergie ? L’idée générale de cette étape est de vous imprégner des comportements lambda de votre chien pour être plus à même de repérer ce qui sort de sa norme. Le moment idéal sera celui de la balade, après les premières minutes d’euphorie et une fois les besoins faits.


Créez-vous une image mentale de votre chien à cet instant.


😟 Anticiper pour ne plus subir


Je vais reprendre là une notion qu’on retrouve dans l’ensemble de l’éducation canine bienveillante : anticiper, c’est aménager l’espace propice au changement de comportement.


C’est l’un des outils phares de Susan Friedman. Sa hiérarchie du changement de comportement (Humane Hierarchy) permet de classer les solutions de travail de la plus douce à la plus invasive. Le premier niveau étant le respect du bien-être de l'individu, et celui à l'autre extrémité la punition. L’arrangement des antécédents est donc la deuxième option proposée ! Une garantie pour respecter au mieux le bien-être de votre chien et l’accompagner dans son changement.



En d’autres termes, soyez aussi vigilant que votre chien face à ses déclencheurs pour pouvoir vous mettre à sa place et vous replacer dans l’espace afin de lui permettre de les appréhender avec moins de stress. Être suffisamment loin, c’est souvent la garantie d’éviter le déclenchement. Mais ce sont aussi les conditions idéales pour l’observer et se poser des questions :


  • Que se passe-t-il lorsqu’il aperçoit son déclencheur au loin ?

  • Que se passe-t-il dans son comportement lorsqu’il le voit bouger ?

  • Que fait-il une fois ce dernier passé ?


C’est donc le thème de la deuxième étape de l’exercice. Le but du jeu ici est de comprendre quelles sont les unités de comportement qui montrent que votre chien est en train de monter en émotion face à ses déclencheurs. Il n’est donc pas nécessaire d’aller jusqu’à l’aboiement, ni même au grognement ! Bien d’autres éléments vont se révéler à vous, avec beaucoup plus de calme pour vous qui les observez. C’est une dynamique vraiment fine qui se met en route, et plus elle est claire pour vous, plus vous irez loin.


2. Les signaux précoces de déclenchement


Pour aller toujours plus loin dans la clarté de ce deuxième point de l'exercice, je vous propose de faire le tour des éléments à observer sur votre chien. Comme évoqué plus haut, chaque chien sera différent dans sa manière d’exprimer ses émotions physiquement. À vous de repérer dans la liste ce qui vous servira le plus. Celle-ci va des informations les plus faciles à obtenir aux plus complexes.


💪 Tension musculaire : un marqueur universel


Le premier marqueur émotionnel, et le plus universel, est sans doute la tension générale qui s’installe dans le corps de votre chien. C’est-à-dire une contraction musculaire involontaire, due à certaines hormones et certains neurotransmetteurs tels que l’adrénaline et la noradrénaline. Physiquement, votre chien est de plus en plus raide, hiératique dans ses déplacements. Cela va souvent avec un dos qui se tend et un poids du corps qui se porte vers l’avant. Il peut y avoir des cuisses contractées qui poussent les postérieurs vers l’arrière.


👃 La respiration


La respiration est souvent un indice plus sonore que visuel. Mais il y a bien un jeu dans la cage thoracique, qui se passe en deux temps. Dans un premier temps, elle se contracte, et la respiration peut s’arrêter, se suspendre. Certains chiens peuvent alors produire une sorte de soupir, une expiration soufflée assez sonore. Puis la respiration devient de plus en plus saccadée, avec des inspirations-expirations de plus en plus rapides jusqu'aux grognements ou aboiements.


👀 Le regard


Si vous le captez, le regard est un incroyable marqueur. De mobile et clignant, il passe à une fixation qui répond totalement à la tension musculaire. Si vous êtes très observateur, vous devriez voir la pupille se dilater au même moment. Si la race du chien le permet, vous pourrez aussi avoir la sensation d’un œil écarquillé, avec les muscles de son pourtour qui se contractent. Comme un haussement de sourcils chez l’humain, cet indice peut durer d’une fraction de seconde à plusieurs secondes avant le déclenchement. Si on analysait le regard seul, on pourrait croire que le chien fait un focus complet sur son déclencheur et que plus rien d’autre n’existe ! S’il y a du mouvement de sa part, vous verrez ce qu’on appelle l’œil de baleine, bien connu de la liste des signaux d’apaisement. C’est lorsque l’on voit le blanc de l’œil du chien ; cela traduit également la montée de son émotion avant le déclenchement.


👂 Les oreilles


On atteint là des parties du corps très variables chez le chien. En fonction de sa taille, de la longueur du poil ou du repliement des oreilles, elles pourront être plus ou moins difficiles à lire. De façon générale, vous observerez que les oreilles se contractent vers l’avant. Elles sont de moins en moins mobiles et, comme le regard, passent en fixation. Des plis apparaissent sur le dessus de la tête, mais ils ne seront pas visibles chez les chiens à poil long.


🧜 La queue


Encore un fort polymorphisme chez le chien ! Pour continuer à rester général à propos des queues, on commencera par parler de la position. Au cours de la montée en émotion, elle se lèvera avec plus ou moins d’intensité pour aller de pendante et décontracté jusqu'à la ligne de dos, voire vertical ou avec un replis sur le dos. On observera généralement une contraction qui peut aller jusqu’à donner une sensation de vibration, de tressaillement, qui s'exprimera de manière très variable. Je dirais que la queue est finalement un marqueur complexe, bien que certains individus puissent parfois trahir bien plus d’émotions à travers elle : elle reste donc à observer. Les queues coupées ou enroulées seront toujours plus difficiles à interpréter dans leur contraction que les queues longues. Soyez patient.


👉 Un exemple ?


Analyse de la photo d'un chien fauve qui observe au loin sur une plaine. Le chien est de dos, il est en laisse. Son corps semble un peu tendu, oreille en avant, fort contact visuel, respiration suspendu, queue basse : ce chien réactif est mis en confort pour observer son déclencheur.

3. Les indices comportementaux du déclenchement


🍬 Refus des friandises


Parmi les indices qui vous montrent que vous êtes allé trop loin, le refus de nourriture est le plus facile à tester. Beaucoup de propriétaires, en début de training, me préviennent que leur chien ne prendra pas la nourriture. J’en déduis assez facilement que ce chien est sans doute dans une expression généralisée de sa réactivité. Il a dépassé certains stades qui l’empêchent parfois de manger en extérieur. Manger est un comportement naturel et de survie (que certains semblent oublier). Comme pour nous, ne pas manger en dit long sur l’état émotionnel. Cela signale que d’autres éléments devront être retravaillés. De la même manière, la façon dont le chien prend la nourriture peut trahir son état émotionnel. Il n’est pas rare que le chien pince la main ou arrache la friandise quand on lui demande un effort disproportionné. Vous devrez donc en tenir compte pour réajuster les efforts demandés, au risque de regresser.


😶‍🌫️ Recherche de fuite


Voilà l’indice que certains chiens expriment davantage lorsqu’ils sont mieux accompagnés. La fuite devrait être le réflexe face à un stimulus inconfortable, plutôt que l’attaque. Énormément de chiens présentent des signes de fuite, ou au moins d’évitement, avant de déclencher, et c’est probablement l’indice comportemental le moins écouté. J’ai peu de chiens en cours d'entrainement qui s’empêchent, à un moment ou à un autre, de l’exprimer. Mouvement de recul, regard vers l’arrière, positionnement dos au stimulus : soyez attentif pour ne pas laisser fuiter celui-ci !


👹 Fixer


Probablement le comportement le plus constant dans la réactivité. Votre chien fixe son déclencheur avant de se jeter dessus. C’est souvent la dernière barrière, la dernière communication qu’il propose. Vous devez savoir quand votre chien fixe et quand il est simplement en train de regarder. De la même manière, accepter qu’un chien ou un humain le fixe sera très probablement très difficile pour lui.


👉 Un exemple ?


Analyse d'une photo d'un chien noir et blanc sur une plaine. Il fixe quelque chose avec une grande intensité. Oreilles en avant, corps tendu et plongé vers l'avant repoussant les postérieurs. Queue mi-haute. Ce chien réactif est mis en difficultés dans son apprentissage.

4. Et quand c’est trop tard...


Pour être exhaustive, je peux aussi citer les comportements qui vont au-delà de la tolérance de votre chien : charger, que ce soit en liberté ou au bout de sa laisse, grogner, aboyer, hurler, chouiner, taper des antérieurs au sol (souvent confondu avec un appel au jeu), battre de la queue (souvent confondu avec un signe de contentement), tourner sur lui-même, attraper sa laisse ou vous mordre par

redirection...

Emmener votre chien jusque là ne fait que l’enfoncer dans son problème. Cela devient un réflexe qui se perfectionne au fil des répétitions. Validant encore et encore ses émotions fortes et ses raisons de dire fort qu'il n'est pas d'accord.

Après l'expression de ses comportements il ne vous reste plus qu'à chercher l'apaisement le plus rapidement possible pour tenter d'atténuer les conséquences physiologiques évoquées dans un autre article.


N’allez plus jusque-là, écoutez votre chien. Il vous montre mille indices de son inconfort avant d'être imprévisible.




5. Contrer l'erreur la plus fréquente par un exercice de lecture de votre chien réactif


J’espère qu’au travers de cet article, vous aurez compris que, la plupart du temps, vous intervenez trop tard dans le déclenchement. Vous devez mieux lire votre chien pour appréhender ses comportements différemment et détecter les indices de son état émotionnel. C’est à cette condition que les humains de chiens réactifs sont plus à même de progresser.


La bonne nouvelle, c’est que j’observe que les propriétaires de chiens sensibles sont souvent de meilleurs interprètes du langage canin et développent par ailleurs des relations plus poussées avec leur chien.


👉 Exercice pratique


Je clôture cet article par la troisième et dernière étape de l’exercice, un peu plus théorique. Le but est de vous assurer que vous progressez dans la lecture et la compréhension de votre chien, mais également que vous comprenez la structure récurrente qui prouve que votre chien n’est pas imprévisible.

Je vous propose d’observer et de noter pendant une semaine les réactions de votre chien face à ses déclencheurs. Prenez une feuille de papier et faites quatre colonnes, dont la troisième, plus large, servira à décrire. Remplissez les en-têtes ainsi :


  • Déclencheur : nature de ce qui est venu titiller votre chien

  • Distance : en mètres

  • Réaction : décrivez avec précision les unités de comportement présentées dans cet article

  • Intensité : notez sur 10 ou sur 5 le niveau de stress rencontré, 1 étant le calme plat de la détente, et la note la plus élevée, le déclenchement le plus intense dont vous vous souvenez.


En conclusion...


Appréhender sa réactivité par l’observation vous permettra d’avancer plus efficacement. Cela passe par la lecture de son langage corporel : autant d’indices, du bout du nez au bout de la queue, qui doivent vous alerter sur l’imminence de ses réactions. Plus vous identifiez les premiers signaux, plus vous avez de possibilités d’aider votre chien.


Je vous ai ainsi proposé un exercice poussé d’observation en trois étapes :

  1. Observer votre chien au calme pour créer votre référentiel,

  2. L’observer à distance de ses déclencheurs pour repérer les signaux qui diffère de lorsqu'il est apaisé.

  3. Puis collecter des informations sur ses réactions pour identifier leur récurrence comme des signes annonciateurs.


On en finit avec l’imprévisibilité de votre chien ! On gagne en compréhension et en analyse !


Jusqu’ici, vous aurez appris pourquoi votre chien n’était pas une page blanche et que vous n’êtes pas le seul responsable de sa réactivité. Vous avez compris qu’il n’était pas si indéchiffrable que ça. J’aimerais maintenant vous faire réfléchir à sa sensibilité, au travers d’une problématique qui revient souvent en clientèle :


Mais pourquoi certains chiens semblent-ils vivre les émotions plus intensément que d’autres ?

 


Pour aller plus loin...


  • Beerda, B., Schilder, M.B.H., van Hooff, J.A.R.A.M., de Vries, H.W. et Mol, J.A. (1998) ‘Behavioural, saliva cortisol and heart rate responses to different types of stimuli in dogs’, Applied Animal Behaviour Science, 58(3–4), p. 365–381.


  • Friedman, S.G. (2009) ‘What’s wrong with this picture? Effectiveness is not enough’, Journal of Applied Companion Animal Behavior, 3(1), p. 41–45.


  • Handelman, B. (2008) Canine behavior: a photo illustrated handbook. Wenatchee, WA : Dogwise Publishing.


  • Mariti, C., Gazzano, A., Lansdown Moore, J., Baragli, P., Chelli, L. et Sighieri, C. (2012) ‘Perception of dogs’ stress by their owners’, Journal of Veterinary Behavior, 7(4), p. 213–219.


  • Rugaas, T. (2006) On talking terms with dogs: calming signals. 2e éd. Wenatchee, WA : Dogwise Publishing.

 
 
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